Entretien

Auteur des livrets de présentation d’Orgueil et préjugés, Out of Africa, Les amants diaboliques, Un taxi mauve et La Cité de Dieu.

Journaliste et réalisateur, il anime depuis 1991 la chaîne CinéCinéma Classic et l'émission Boulevard du Classic. Jean-Jacques Bernard est également président du Syndicat français de la critique.

Folio cinéma : Qu’est-ce qui vous a séduit dans la collection Folio cinéma ?

Jean-Jacques Bernard : L’occasion de passer, en un même objet, du livre au film qui en a été tiré est évidemment une aubaine. D’abord pour une raison triviale : la réduction de place que cela permet dans les petits appartements. Encore que cette collection ouvre sur un nouveau dilemme : où va-t-on la ranger, bibliothèque ou DVDthèque ?... Mais surtout pour le plaisir de découvrir ce qui a bougé, de l'œuvre originale au film adapté. En cela, chaque livret de présentation apporte au rapprochement « film et roman » les principales données historiques et passerelles esthétiques pour redécouvrir littéralement l'un par l'autre. Cette disponibilité des deux œuvres côte à côte confirme aussi, pour le spectateur comme pour le critique, un penchant nouveau et salutaire : celui de pouvoir juger enfin « film et livre en main ».

Folio cinéma : Quel est le secret d'une adaptation réussie ?

Jean-Jacques Bernard : Je crois que la fidélité à tout prix n'est pas une vertu dans ce domaine. Le cinéma est par essence un art de synthèse. C’est alors toute la difficulté du choix. Le pire étant de ne pas en faire et de vouloir tout illustrer d’un livre. L’adaptation la meilleure sera peut-être celle qui ira au cœur d'un seul personnage, d’une seule situation du roman initial, mais qui saura en saisir le mouvement profond. Pour prendre un exemple hors de la première sélection Folio cinéma, quand John Huston a signé (avec Ray Bradbury) son adaptation du Moby Dick de Melville, personne ne lui en a voulu de montrer fort peu la baleine. Mais tout le monde lui a su gré d’avoir réussi Achab, même sous les traits un peu lisses de Gregory Peck. En fait, le cinéma peut bien faire ce qu’il veut, ce qu’on lui demande c'est de saisir l'esprit d’une œuvre et de ne pas la lâcher.

Folio cinéma : Quels sont vos coups de cœur dans cette première sélection Folio cinéma ?

Jean-Jacques Bernard : J’avoue que le Crash de David Cronenberg, d’après le roman de J. G. Ballard, me donne envie de me précipiter sur les deux, livre et film en même temps, pour saisir comment une telle fascination morbide a pu s’inscrire sur le papier de façon aussi troublante que sur l'écran… Et puis comment à partir de Sueurs froides de Boileau-Narcejac, Hitchcock a-t-il pu déplier le vertige analytique de son chef-d’œuvre Vertigo ?... De même, retrouver Le facteur sonne toujours deux fois avec le style très ramassé de James M. Cain au travers de l’adaptation discutable de Visconti dans Les amants diaboliques qui reste néanmoins un film majeur du cinéma italien, cela me semble la justification même de cette collection : voyager entre deux arts, pour mieux apprécier chacun.

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